La maison de la danseuse
(Pas d'autres noms connus)

Avril 2016




Avant-propos :

- Aucune information ne sera donnée sur la localisation du site.
- Je ne souhaite pas faire d’échange de lieux.
- Je ne suis pas photographe et ne suis pas équipé pour cela.

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J'ai habité plusieurs années dans cette cité historique, peu à peu sacrifiée en cité sensible. Et forcément, puisque l'on considère que les gens qui habitent cette ville sont "sensibles", alors autant faire le maximum pour ne pas les déranger et donc, être prudent durant cette exploration.

Cette grande demeure bourgeoise témoigne du passé grandiose de cette ville. En effet, située en bord de Seine, cette bourgade qui avait jadis de faux airs de Province abritait un château royal et une cathédrale depuis le XVIIe siècle. Aujourd'hui, il ne reste plus grand chose de ce passé glorieux, si ce n'est une très belle mairie. Cette ville a souffert, comme tant de banlieues rouges, d'une volonté de faire table rase du passé. Nous avons donc droit à tous les clichés de la banlieue, telle que l'on se l'imagine : grandes tours résidentielles, circulation anarchique, sécurité à revoir mais avec un tissu associatif très développé.

Malgré le nombre de défauts que l'on pourrait trouver à cette ville qui compte aujourd'hui 30 000 habitants, j'ai adoré y vivre. J'ai passé énormément de temps à me renseigner sur son histoire, son passé, son présent et son futur. À ma balader dans ses quelques ruelles historiques, dans son centre commercial 70's quasi abandonné et pour une raison qui m’échappe j'ai été charmé par cet endroit. Il y a une réelle solidarité entre les habitants, les commerçants sont chaleureux et son marché est une expérience extra sensorielle post méditerranéenne. Ainsi, après quelques minutes à arpenter les dédales, on quitte son identité pour devenir un "mon frère" ou un "mon ami", pour les plus discrets, et l'on repart avec force bouquets de menthe et de coriandre en plus des bananes initialement achetées. Cela me manque aujourd'hui.

C'est pour cela que j'ai souhaité retenter une visite de cette grande demeure, histoire de rendre un hommage à cette ville qui avait au départ tout pour me déplaire mais à laquelle j'ai fini par m'attacher énormément.



Cette maison appartenait à une certaine Colette L. (ou Colette Nathalie L. - mes sources divergent), professeure de danse classique qui enseignait, d'après mes informations, à ce domicile. Sa mère, de son vivant, accompagnait fréquemment les cours au Piano. Une deuxième femme qui soutenait la première, agée également, vivait dans cette demeure et depuis la mort de cette dernière, la maison est abandonnée. La dame de compagnie est décédée en 2007 et il y a quelques mois, début 2016, c'est au tour de la propriétaire de partir vers d'autres cieux.

En 2014, j'ai tenté de la visiter de nuit, avec ma compagne, à l'époque où elle n'était pas totalement murée. Il y a un panneau indiquant un avis de destruction depuis cette date. D'après ce que l'on peut trouver sur Internet, une copropriété de deux immeubles va être construite à la place de cette maison bourgeoise.

En escaladant le mur délabré de la propriété située en plein centre ville, au croisement de deux artères passantes, nous avions retrouvé beaucoup de bouteilles remplies d'un liquide doré aux pieds des fenêtres. C'est un bon indicateur d'un lieu squatté et je vous laisse imaginer ce qu'est le liquide dans les bouteilles en plastique.

Une personne nous a fait signe par la fenêtre. Il s'agissait d'un jeune homme, l'air tout ce qu'il y a de plus normal mais nous n’étions donc pas les bienvenus, et en tant que sensible, il ne voulait peut être pas se faire déranger. Peu importe, nous repasserions sans doute.

En avril 2016, je décide de retenter ma chance. En effet, le lieu apparaît sur un site d'exploration et il n'est a priori plus squatté.

Premier point qui me marque, d'emblée, les fenêtres du haut sont murées. Elle ne l'étaient pas lors de ma précédente tentative. Le lieu est donc investi et sa destruction se rapproche sans doute à grands pas.

Pour rentrer dans la propriété, rien de plus simple, en contournant le portail, il y a toujours le trou géant dans le mur.

On se retrouve alors face à la belle maison, très grande et imposante avec une végétation luxuriante.



Lorsque l'on fait le tour, on est surpris de trouver beaucoup de déchets divers et variés, comme si le site servait de décharge sauvage ou que l'on évacuait progressivement toute la maison. On ne peut pas rentrer par les fenêtres ou les portes, tout les accès traditionnels sont bloqués. Des escaliers permettant un ancien accès aux portes à l'avant et à l'arrière de la bâtisse apportent un petit charme bourgeois très sympathique. Toutefois, par l'arrière, ils sont instables et empêchent un contournement sécurisant car une dalle au sol est manquante.



Avant de trouver une solution pour rentrer (car il y en a une), attardons nous sur l'extérieur. Il y a en effet, sur le côté de la maison, une petite cabane de jardin qui abrite du bric à brac. Je crains de trouver une maison totalement vidée car en effet, c'est beaucoup plus compliqué d'évacuer les meubles d'une villa lorsqu'elle est murée.





La cave est grande ouverte, l'exploration peut ainsi commencer ! Elle est un rien angoissante. Le sol est en terre battue et les murs en béton. Faite de petits couloirs et de grandes pièces, il y a encore quelques meubles à l'intérieur qui donnent une atmosphère effrayante avec les ombres projetées par ma lampe.



On retrouve du charbon, beaucoup, des bouteilles de vins (certaines pleines) beaucoup également, et il y a une chaudière avec un visage un peu humain. C'est amusant.
En observant le sol, il y a un escalier qui descend encore plus bas. Je n'ose pas tellement le prendre mais il a l'air d'aller assez bas, peut être une porte vers les entrailles de la terre ? Ou bien un accès vers la terre creuse ?



Nous montons, tout juste rassurés car le lieu dégage quelque chose de très glauque. Nous arrivons alors dans ce qui devait être l'entrée. Tout est noir. Nous n'y voyons rien, même avec nos lampes. L'impression de ne pas être seul commence à nous habiter. Ce niveau est étrange. Il y a une cuisine qui semble quasi fonctionnelle, avec un beau frigo 70's et une belle gazinière.



On dirait qu'une personne est partie précipitamment car on retrouve de quoi se faire à manger.
Un pièce, probablement un ancien salon, abrite bizarrement deux lits anciens, un lit double et un lit simple. Probablement que l’age aidant, les deux femmes qui vivaient ici restaient au rez-de-chaussée.



Nous admirons au passage un joli rideau, au niveau de l'ancienne porte d'entrée.



Une autre pièce est totalement remplie de détritus, sur un bon mètre ! L'accès n'est donc pas possible, comme si l'on avait voulu centraliser les objets restants dans une seule et même pièce. Ainsi, on retrouve des journaux, des anciennes partitions et beaucoup de bazar. Le lieu est un peu tagué, mais cela reste raisonnable si l'on prend en compte son emplacement urbain. Au plafond, on retrouve de belles moulures.
Nous prenons l'escalier, un peu plus éclairé par un puits de lumière, mais tout juste rassurés car il manque la rampe et il n'a pas l'air très stable.



Le premier étage a été visiblement squatté. Après un rapide passage par les toilettes resplendissantes d'une magnifique peinture jaune (où trône un livre de Boris Vian) nous arrivons face à l'ancienne salle de danse mais qui est totalement investie de détritus, comme au rez-de-chaussée. Nous admirons au passage, dans l'une des pièces, un papier peint bien kitsch. Toutes les chambres avaient des cheminées.





Le mur a bien pris la moisissure mais nous pouvons encore voir la barre qui servait lors des cours. C'est quand même un peu navrant qu'un lieu de culture et d'apprentissage finisse comme cela.
Une deuxième pièce, qui était une petite chambre, était le lieu où dormait un squatteur. Il y a encore deux affiches de danseuses.



Marrant, cela ne se voit pas sur les photos mais il y a encore des chaussures. Ce qui veut dire que soit, il est présent, soit il a été expulsé pieds nus.
Nous sommes de moins en moins rassurés à l'idée de ne pas être seuls. Ma compagne ne souhaite pas continuer plus.
Je vais donc seul à l'étage, en restant très vigilants. C'est un peu plus sympa, celui-ci est éclairé, on y voit un peu mieux.



Il est en meilleur état, mais il y a encore et toujours du bazar par terre avec notamment des partitions. Toujours est-il que je ne suis pas rassuré de laisser ma compagne au premier étage. Nous décidons donc de partir, avec toujours cette impression de ne pas être seuls et observés. Le vent fait des bruits bizarres, on entend quelques claquements, des bruits d'oiseaux, de voitures, c'est loin d'être apaisant.

Cette maison qui date probablement du début du siècle dernier (car elle apparaît sur les plus vieux clichés de Geoportail, datés de 1921). D'après les anciennes prises de vues aériennes, il y avait une ferme ou un potager au fond de la résidence qui ont laissés place à deux maisons dans les années 70. Un ultime changement l'attend dans les mois à venir.

Au revoir maison de Colette...

Juillet 2016 : Le lieu est en train d'être investi par des ouvriers pour être détruit.



 

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